Au CHU, les infirmières demandent le droit de travailler correctement
Initialement publié sur Grand-Rouen.
Depuis un mois, les infirmières du service d’hépato-gastro-entérologie sont en grève. Elles ont bien tenté d’alerter la direction du CHU, mais une fin de non-recevoir leur a été opposé. Elles ont manifesté leur mécontentement ce 15 novembre 2011, pendant une heure, devant les bâtiments administratifs du CHU.
Dans le service de 16 lits, les infirmières sont une petite quarantaine au total, alors «qu’on devrait normalement être 60». Ce qui fait deux personnes par quart de service. «Avec des patients de soins intensifs, sans formation ni matériel adéquat, c’est vraiment difficile». Et lorsqu’il y a des formations professionnelles, «au bout de deux jours, on est rappelé pour travailler le soir même». Difficile aussi de mener une vie familiale, puisque «le CHU nous rappelle régulièrement lors de nos congés, nos RTT quand on arrive à les poser, pour venir travailler».
Leurs demandes semblent pourtant légitimes : pouvoir se reposer au moins quelques heures, avoir une vie de famille, prendre des congés sans être dérangés. Mais aussi pouvoir s’occuper des patients, tout simplement.
Emmanuelle, 27 ans, avoue avoir l’impression d’être devenue «une technicienne du soin : on rentre dans la chambre, on fait le soin, puis on s’en va en laissant de coté la partie relationnelle car on est débordés. A tel point que la prise en charge du patient n’est pas cohérente, on n’a pas le temps de suivre le dossier en entier». Elle rajoute que «même une personne de plus par quart, ça changerait déjà beaucoup».
La direction, de son côté, répond qu’il n’y a pas assez de candidatures en ce moment pour répondre aux besoins. Un argument qui fait bondir les infirmières : «depuis 3 ans que je suis dans ce service, on n’a jamais été au complet. La direction recourt aux intérimaires, mais ça n’est pas la solution, c’est toujours temporaire» dit l’une d’elle. Difficile aussi de faire face aux besoins : le service est «un des plus difficiles de l’hopital», et former les nouvelles infirmières est difficile, «on a bien souvent deux personnes à former en même temps, en plus de la charge de travail habituelle».
Emmanuelle et Amélie sont d’accord, «il faut être passionnée pour tenir, car on commence à en être dégoutée alors que le métier d’infirmière est déjà mal valorisé». Surtout quand la direction du CHU leur répond que la grève, «ça ne change rien pour eux, vu qu’on est réquisitionnés pour travailler», font-elles remarquer, amères. Alors elles ont décidées de se montrer, d’être visibles afin d’interpeller sur leurs conditions de travail, «simplement pour avoir vie correcte».
