Matthieu Monier

Notes

Le SIDA, sujet tabou

Initialement publié sur Grand-Rouen.

Le 1er décembre, c’était la journée mondiale contre le SIDA. A Rouen, le COREVIH organisait une journée d’information et de prévention sur le VIH. De 10h à 19h, une dizaine de personnes étaient présentes à l’Espace du Palais pour distribuer préservatifs et faire de la prévention. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Reportage.

«Comme chaque année, on peine à informer le public», dis une des membres du COREVIH. «Le sujet est tabou, on sent des réticences de la part des passants qui se sentent agressés quand on les aborde». L’exposition, installée à l’entrée de l’Espace du Palais, n’a pas attiré les foules. Elle traitait du virus du SIDA, apparu en 1981 et que beaucoup croient connaitre. «Quand on engage la discussion, beaucoup nous disent connaître le virus. Mais quand on creuse un peu, on se rend compte qu’il n’en est rien». Et si beaucoup croient tout savoir sur le sujet, beaucoup se trompent : «on entend de tout, et des choses édifiantes. Une jeune fille nous a dit qu’elle ne craignait rien car elle prenait la pilule. Quand on lui a expliqué que ça ne protégeait en rien du VIH et des infections sexuellement transmissibles, elle a semblé gênée et s’en est vite allée». D’autres ne savent rien du mode de transmission, «on nous a demandé si les  piqûres de moustiques ou la salive pouvaient transmettre la maladie, alors qu’il n’en est rien».

Nombreux sont aussi ceux qui pensent ne pas être concernés, refusant le dialogue avec différents motifs tels que «je suis marié», «j’ai de bonnes moeurs» énumèrent les organisateurs. «C’est grave de voir les préjugés et la méconnaissance sur ce sujet, car il y a aujourd’hui plus d’hétérosexuels qui sont contaminés que d’homosexuels, comme par exemple dans des situations d’adultère». Même dans le milieu médical, la méconnaissance de la maladie existe, «on nous a appelé pour savoir quel protocole d’isolement il fallait mettre en place pour un malade séropositif, si ça incluait l’isolement de contact».

Les jeunes semblent plus réceptifs, allant parfois à la rencontre des exposants. «Ils sont plus ouverts d’esprit», assurent les étudiantes en école d’infirmière, «mais ils ne connaissent pas grand chose pour autant, ils ne savent pas mettre un préservatif, où ne savent pas exactement ce qu’est une pénétration. Difficile de leur expliquer les risques quand ils ne savent pas exactement de quoi on parle». Pour elles, «il faudrait parler très tôt de sexualité, et non pas passer des films idiots à l’eau de rose qui ne veulent pas dire grand chose».

Mais pour autant, tous jugent leur journée positive, «car le centre de dépistage anonyme et gratuit du CHU a réalisé plus de 90 dépistages aujourd’hui. C’est le signe qu’il y a quand même une prise de conscience, même si elle ne touche pas tout le monde». En Haute-Normandie, 1600 personnes suivent un traitement contre le VIH. Et en France, 50 000 personnes ignorent qu’elles sont contaminées. «Mais heureusement, la science avance, et il existe de plus en plus de techniques de prévention, de dépistage, et de traitement.»

A 17h30, le stand est remballé, tout est doucement démonté, peu de personnes se sont finalement arrêtées. «Mais la lutte contre le SIDA, c’est tous les jours» concluent-elles.

Le COREVIH est le comité de coordination régionale de lutte contre l’infection due au VIH. Il regroupe les pouvoirs publics, et les associations de lutte contre le VIH. Il en existe 28 en France, dont un qui couvre la Haute-Normandie.

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