Inès, étudiante la journée, salariée en soirée
Initialement publié sur Grand-Rouen, repris sur Rue89. Inès a 21 ans. La journée, elle est étudiante en deuxième année droit. Et le soir, elle travaille dans une chaine de restauration rapide. Etudier n’est déjà pas facile, mais travailler en même temps, ça devient très compliqué. Elle nous raconte son emploi du temps. 7h : Il est vraiment temps que je me lève. Je préfère dormir un peu plus longtemps alors je ne déjeune pas, je fais ma toilette, m’habille et pars en direction de la faculté. 7h25 : Je suis dans les transports en commun. 8h15 : Après 50 minutes de trajet depuis Grand-Quevilly, j’arrive à la faculté de droit. J’essaye d’y aller le plus souvent possible, mais je suis parfois tellement fatiguée que je n’ai pas le courage. 8h30 : Le cours commence, pour 3 heures d’affilée. Parfois, nous avons une pause au milieu du cours, d’une dizaine de minutes. L’amphi est souvent bruyant, alors difficile de me concentrer correctement. 12h : Mon cours est terminé, je n’ai pas le temps d’aller poser des questions complémentaires. Comme je suis étudiante salariée, je ne suis pas obligé de suivre les séances de travaux dirigés. J’ai un emploi du temps très strict, pour pouvoir tout faire dans ma journée. Alors je rentre directement. 13h : Arrivée chez moi, je déjeune. 14h : Je prend le temps de réviser mes cours, c’est le seul moment de la journée où je peux le faire. En fait, le temps que je passe à travailler le soir, c’est celui que je devrais passer à étudier. 15h : Je m’occupe de mon appartement : ménage, lessive, courses, etc. Et je réouvre mes cours si il me reste du temps. 17h : Il est temps d’aller travailler, je prends mes habits aux couleurs du restaurant et je m’en vais pour toute la soirée. 18h : C’est le début de mon service, je travaille, travaille toute la soirée, sans avoir de pause. Je suis à la caisse, je prends les commandes, les prépare puis les encaisse. Je vois de tout, des clients charmants comme des mécontents. Certains refusent de voir une femme, d’autre ne sont pas content car on leur a refusé une carte de réduction périmée. D’autres sont souriants et tout se passe bien. J’ai finalement de la chance car je travaille avec une équipe agréable, les conditions de travail ne sont pas mauvaises. 23h : Je finis en général à cet horaire. Si je n’ai pas eu le temps de manger avant de commencer le travail, je dine à ce moment-là. Puis j’appelle un taxi, qui me ramène chez moi. 00h : Je suis chez moi, je vais prendre une douche et met à laver mes habits de travail pour le lendemain. 1h30 : Je suis (enfin) couchée. Je le suis rarement avant, car je dois préparer mes habits, ranger et préparer mes affaires de cours. Et aussi décompresser de ma soirée. J’accumule beaucoup de fatigue, car je travaille aussi le weekend et je ne peux pas me reposer vu que je travaille tout le temps. Concilier travail et études est vraiment difficile, je n’arrive pas à me consacrer à mes cours correctement. Alors je suis tentée, comme certains de mes collègues l’ont fait, d’arrêter mes études. Mais je ne veux pas faire ça toute ma vie, alors je m’accroche. Le salariat étudiant est décrié par l’UNEF, le plus important des syndicats étudiants. Mais pour les étudiants boursiers, les temps ne sont pas faciles non plus. “L’Etat n’a pas prévu le 10ème mois de bourse dans son budget 2011”, dit Jonas Didisse, de l’UNEF Rouen. “Le directeur du CROUS de Haute-Normandie (organisme chargé du programme social étudiant) nous a confirmé qu’il n’avait pas l’argent, de la part de l’Etat, pour verser les bourses du mois de décembre. Déjà en novembre, elles avaient été versées avec près de deux semaines de retard”.
6h30 : Mon réveil sonne, mais je suis tellement fatiguée que je ne me réveille jamais directement.
