Matthieu Monier

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Un procès d’assises, aux premières loges

Initialement publié sur Grand-Rouen.

 

Matthieu est stagiaire à Grand-Rouen depuis quelques semaines. Mardi 13 décembre, il est allé assister au procès qui se déroule à la Cour d’Assise. Une affaire difficile, chargée d’affect. Un stage en journalisme, c’est aussi cela. Matthieu est resté deux heures dans la salle d’audience. C’était la première fois qu’il assistait à un procès de ce type. Il livre ici ses impressions.

J’ai assisté au procès d’assise de Constance et de Charles. Un procès dont tout le monde parle ces jours-ci. Je suis rentré dans le Palais de Justice par la Cour d’Honneur, après avoir été fouillé par des agents de sécurité. J’arrive dans la salle des Pas perdus. La salle est ancienne, immense et très haute de plafond. Je me sens tout petit. Impressionné, même. Au fond, la foule se presse face à une porte. Je devine que le procès se déroule là. La salle d’audience est pleine, une vingtaine de personne est même restée dehors alors que la Cour fait son entrée. La tension est palpable, “nous aussi on aimerait rentrer. On est des amis de Camille, on voudrait comprendre ce qui s’est passé. On en a besoin” lance un jeune homme présent avec tout un groupe. “Les murs ne sont pas extensibles” lui répond l’huissier avant de refermer la porte. Moi, j’ai réussi à passer.

Finalement, me voilà assis au deuxième rang de la salle. Il ne reste que peu de places libres, sur la centaine disponible. Je suis aux premières loges, pour ainsi dire. Je peux tout voir distinctement : les visages impassibles des suspects prostrés sur eux-même, les avocats imperturbables qui écoutent les débats en étudiant leurs dossiers, les jurés totalement absorbés par l’importance de leur tâche. Et les objets du procès, disposés dans des scellés en carton sur une table, face à la présidente. Le marteau de bijoutier, qui a servi aux faits, est sorti de son emballage par l’huissier. Après avoir enfilé des gants en plastique, il le présente à tous les jurés.

Là aussi, la salle est impressionnante, un sentiment renforcé par le silence observé par l’audience. Seule perce la voix de la présidente de la Cour. Elle pose ses questions aux experts et aux témoins qui défilent. Victimes et accusés se font face. Les jurés sont disposés en demi-cercle autour de la présidente. On sent bien qu’il y a deux zones distinctes dans la salle : d’un côté la justice qui fait son travail, de l’autre le public qui assiste aux débats sans mots dire. Nous sommes abreuvés de détails macabres, énoncés froidement, sans aucun tabou. Tout est dit, rien n’est passé sous silence. Toutes les questions sont posées, sans sourciller. Chacun encaisse comme il peut. Les faits dépassent l’entendement, mais il faut bien établir les responsabilités de chacun.

Tout se passe dans le respect des personnes interrogées. «Je ne vous pose pas cette question pour vous accabler, je comprend votre douleur», ne cessent de répéter les avocats face à la mère de l’auteur présumée du meurtre. Ce qui n’empêche pas les avocats des accusés et de la défense de s’affronter sur les pièces du dossier. Le procès suit son cours, j’abdique au bout de deux heures, face à la quantité d’éléments à retenir. Je finis par sortir, un peu ébranlé.

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